Mohamed Amer Ghadira, universitaire d’exception et traducteur du Coran en français

9:01 - December 01, 2025
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IQNA- Mohamed Amer Ghadira, éminent professeur de l’Université de Lyon et l’un des premiers traducteurs du Coran en français dans la Tunisie moderne, a consacré près d’un siècle de vie à l’enseignement, à la recherche et à la promotion de la langue arabe.

Selon Naba, né en 1926 à Monastir et décédé en 2025 à Lyon, il a traversé presque tout le XXᵉ siècle et le début du XXIᵉ siècle en laissant une empreinte durable dans le domaine des études arabes.

À travers son parcours académique, ses engagements intellectuels et son rôle précurseur dans la traduction du texte coranique, il s’est imposé comme une figure majeure du dialogue entre les cultures arabo-musulmanes et européennes.


Des racines tunisiennes à l’excellence académique

Mohamed Amer Ghadira voit le jour le 27 octobre 1926 dans une famille patriotique, instruite et d’origine berbère ayant migré du Maroc vers la Tunisie. Il grandit entouré de son frère Hamadi — futur ministre de l’Agriculture — de sa sœur Zahra et de plusieurs demi-frères et demi-sœurs. Son parcours scolaire commence à l’école franco-arabe de Monastir en 1932, où il bénéficie de l’enseignement de pédagogues réputés tels qu’Henri Petch et son épouse, ainsi que du professeur tunisien Mohamed Zahra. Ce cadre formateur joue un rôle décisif dans l’éveil intellectuel du jeune Ghadira.

Après avoir réussi l’examen d’entrée du Collège Sadiki, prestigieuse institution de Tunis, il poursuit sa formation auprès de maîtres tunisiens et français parmi lesquels Abdelwahab Béguir, Mahmoud el-Messadi et le cheikh Ben Achour. Obtention du baccalauréat en 1946, puis départ pour Paris où il étudie la langue et la littérature arabes à la Sorbonne. Il y décroche sa licence en 1949, puis le concours d’enseignement en 1952, devenant l’un des rares spécialistes arabophones de haut niveau dans la Tunisie encore sous administration coloniale.

De retour à Tunis, il enseigne au Collège Sadiki puis au lycée de jeunes filles de Montfleury. En 1955, alors que l’Université de Lyon ne dispose encore d’aucun département d’arabe, il y est invité comme professeur. Il s’installe à Lyon, où il rencontre sa future épouse, Anne-Marie, enseignante de français. Le couple fonde une famille de trois enfants : Jean Amer, Lucile et Aline.

Une déception politique marquera cependant son parcours : après avoir rédigé en 1961 un projet complet pour le futur secrétariat d’État à la Culture, il constate son éviction au profit d’autres personnalités. Cette seconde désillusion le décide à revenir définitivement en France en 1964. À Lyon, il fonde et dirige le département de langue et littérature arabes jusqu’à sa retraite en 1996, année où l’université lui décerne une distinction honorifique pour l’ensemble de son œuvre.


Traducteur du Coran et penseur prolifique

La contribution intellectuelle de Ghadira s’étend sur plus de sept décennies. Dès 1953, il publie articles et recherches dans plusieurs revues tunisiennes telles que al-Nadwa, al-Fikr, al-Wahda ou al-‘Amal al-Tounsi. À partir de 1964, son travail prend une ampleur internationale grâce à ses publications dans des revues spécialisées françaises et étrangères.

En 1957, il réalise l’une des premières traductions modernes du Coran en français, publiée à Lyon par les Éditions du Fleuve. Cette œuvre marque un tournant majeur dans la diffusion du texte sacré auprès d’un public francophone. Parallèlement, il publie plusieurs ouvrages importants en arabe et en français : Dialogue sur l’Islam et la laïcité (1960), Le Divan des frères Ibn Abi ‘Uyayna (1964), Sommes-nous en terre d’exil ? (1994), ainsi qu’une vaste étude sur le poète tunisien Aboul-Qacem Chebbi (2009).

Il laisse également derrière lui de nombreux travaux inédits relatifs à la langue arabe et à la traduction.

Mohamed Amer Ghadira s’éteint le vendredi 13 juin 2025 à l’âge de 99 ans. Il est inhumé au cimetière islamique de Lyon, aux côtés de son épouse décédée en 2009. Par son héritage scientifique, culturel et humain, il demeure une figure incontournable du monde arabo-francophone.

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